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Petit village de campagne où se réveiller avec le chant des oiseaux, que vous ayez envie d’une maison normande, d’une chambre de charme ou encore d’un petit manoir, vous trouverez votre bonheur à Vascœuil !

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L’Abbaye de l’Isle-Dieu

L’abbaye de l’Isle-Dieu (que l’on trouve aussi écrite sous la forme « Ile-Dieu »), intéresse au plus haut point Vascœuil, tant son histoire est intimement liée à celle de notre village.

Car si la localisation de cet ensemble relève aujourd’hui de Perruel, il n’en a pas toujours été ainsi, comme en témoigne le long conflit qui opposa les prémontrés de l’Isle-Dieu aux bénédictins de Saint-Ouen de Rouen qui prétendaient faire relever l’abbaye de la juridiction de leur baronnie de Perriers-sur-Andelle.

Les éléments épars de l’abbaye encore visibles de nos jours témoignent de la longévité et de l’importance de cet ensemble.

Au temps de l’abbaye

L’abbaye de l’Isle-Dieu relevait de l’ordre de Prémontré qui détenait neuf abbayes dans la région normande. Sa fondation remonte aux alentours de 1187 !

Comme cela arrivait souvent, elle fut créée « par greffe » sur une petite communauté de type érémitique, c’est-à-dire reposant sur la vie en ermite. Il est toujours difficile de démêler le vrai du faux dans la naissance d’un établissement de ce type tant la propagande peut parfois prendre le pas sur les faits !

Il semble qu’il y ait eu, sur la paroisse des Hogues, un petit établissement religieux avec une chapelle dédiée à Sainte-Honorine. Là vivait en ermite, à la fin du XIIe siècle, un religieux appelé Hugues de Saint-Jovinien, chanoine régulier de Saint-Laurent en Lyons. Sa réclusion, peut-être due au fait qu’il était atteint de la lèpre, était très stricte. De plus, il s’était ceint le corps, les bras et les cuisses de chaînes de fer et jeûnait tous les jours. Sa cellule comportait deux fenêtres. Par l’une de celle-ci, il entendait la messe qui se disait tous les jours à la chapelle Sainte-Honorine, par l’autre il parlait aux étrangers qui venaient le consulter. D’autres religieux le rejoignirent pour fonder une petite communauté.

Hugues finit par quitter son ermitage pour s’installer sur un terrain que lui offre l’un de ses pénitents, Regnault de Pavilly. Ce terrain forme une île qui s’appelait à l’origine « Ile de l’Homme », expression ne venant pas du latin « Insula hominis » mais des mots bas-latins « hulmus » ou « holmus », d’origine scandinave, désignant des terrains herbeux enveloppés de nombreux ruisseaux. Très vite, en raison de l’insalubrité du sol liée à une trop grande humidité, les premiers bâtiments, construits sur les terres de Raoul de Perruel sont reconstruits sur les terres voisines de Gilbert de Vascœuil.

La donation de Regnault de Pavilly, à laquelle s’ajoute le prieuré de Charlton en Angleterre, est confirmée par Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre et Duc de Normandie, dans une charte antérieure à juillet 1188. Raoul de Perruel accepte cette donation territoriale de son vassal et libère les religieux des droits féodaux liés à cette terre.

Quant à Gilbert de Vascœuil, il complète très largement ces dons et est le véritable créateur du patrimoine foncier de l’Isle-Dieu. La fondation est aussi approuvée par l’archevêque de Rouen, Gautier de Coutances. Bien que créée par des chanoines augustins, la nouvelle fondation se réfère à l’ordre de Saint-Norbert et le Chapitre général de Prémontré désigne l’abbé de Silly pour prendre en charge les religieux de l’Isle-Dieu.

L’abbaye connaît des débuts difficiles. Robert de Thaon, le premier abbé, demande à regagner Silly et le découragement gagne aussi les postulants suivants. Pourtant la nouvelle abbaye subsiste et les dons finissent par affluer, assurant la pérennité du nouvel établissement. Ainsi, durant tout le XIIIe siècle, la plupart des seigneurs voisins s’empressent d’apporter des terres à la nouvelle abbaye qui bientôt se trouve possesseur de biens considérables tant à Vascœuil qu’à Perruel, le Tronquay, les Hogues, la Chapelle-sur-Brachy…

A la fin du XIIIe siècle, quelques moines de l’Isle-Dieu vont même jusqu’à fonder une nouvelle abbaye à Bellozanne. Durant la guerre de Cent ans et les guerres de religion, peu de renseignements filtrent sur les déboires de l’abbaye. Celle-ci finit par céder son prieuré anglais de Charlton et l’église paroissiale qui en dépend.

En 1525, Virgile de Limoges prend la direction de l’abbaye. Cet homme parvient à être élu, par le Chapitre général, chef suprême des 465 abbayes de l’ordre !

Au début des guerres de religion, l’abbaye est mise en commende, c’est-à-dire confiée à un ecclésiastique régulier ou à un laïc qui en tire les bénéfices. Son premier abbé commendataire, François Eyme, est nommé par le roi en 1560. En la donnant à un autre commendataire en 1624, l’acte royal constate que l’abbaye est en ruine !

S’ouvre alors un siècle de difficultés pour notre établissement qui entre dans une période de décadence matérielle et religieuse. Ce n’est qu’à la fin du siècle que l’abbaye sort enfin de ses difficultés et prend un nouveau départ dans des bâtiments restaurés.

Au XVIIIème siècle, l’abbaye est dirigée par des prieurs d’une certaine valeur. L’effectif des moines n’est jamais très élevé. En 1768, cinq chanoines prêtres résident à l’abbaye et six autres desservent les prieurés-cures dépendants de l’abbaye (Abenon, Grainville-sur-Ry, Mathonville, Saint-Denis-le-Thibout…). Le dernier acte communautaire de l’abbaye porte la date du 20 juin 1791.

Comment le domaine évolue-t-il aux XIXème et XXème siècles ?

Les transformations du site, aux XIXe et XXe siècles

Le XIXème siècle constitue une période de profonde mutation pour cet ensemble voué depuis des siècles à la religion. La révolution ne semble pourtant pas avoir lourdement affecté le domaine.

On sait, par le témoignage de Stabenrath qui visita l’abbaye en 1830, que celle-ci était encore en assez bon état à l’époque. En revanche, l’abandon par les moines du domaine avait amené très tôt la dispersion du mobilier de l’église. Stabenrath évoque en effet l’absence d’autels ou de vitraux alors que l’église en était encore parée en 1790, lors de la visite du maître maçon Leclerc et du maître charpentier Damien chargés de l’estimation des « bâtiments et lieux en dépendant » en vue de la vente comme biens nationaux en novembre 1790.

Le domaine est scindé en deux. La partie ouest se constitue d’une ferme tandis que la partie est se trouve affectée à l’usage industriel. Cette séparation amène des évolutions fort différentes selon le cas.

Côté ferme, l’utilisation du domaine pour un usage agricole permet de sauvegarder l’essentiel de l’héritage, dans la mesure où ces bâtiments étaient déjà pour la plupart destinés aux activités agricoles. On peut continuer à entreposer la paille et le matériel agricole dans la grande grange tandis que le logis abbatial de la fin du XVIIIème siècle, situé au dessus de la porte d’entrée, et les cellules des moines, localisées au nord, peuvent aisément se transformer en maison d’habitation et en bâtiment agricole. De plus, la ferme est dans les mains de la famille Allard depuis le début du XXème ce qui a permis une grande continuité dans l’affectation des bâtiments. L’ensemble, régulièrement entretenu, est parvenu jusqu’à nous et donne encore une idée de ce qu’a pu être l’abbaye.

Le seul avatar de taille ayant amené une destruction majeure est dû à un événement extérieur : la libération de Vascœuil, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, le 30 août 1944, les Canadiens sont à Perriers-sur-Andelle et leurs chars avancent sur Vascœuil. Les Allemands ont positionné un canon de 75 près de la départementale, au niveau de ce qu’on appelle les maisons Coqueval. Dans la grange de l’Isle-Dieu ont trouvé refuge quelques personnes de Vascœuil. Un char canadien est touché de plein fouet par un tir allemand et explose, communiquant le feu à la grange. L’incendie fait rage pendant plusieurs jours amenant la destruction de la magnifique charpente.

A l’est, le domaine trouve une tout autre vocation : l’industrie.

La vallée de l’Andelle est engagée dans le processus industriel dès le début du XIXe siècle. De nombreuses usines textiles voient le jour et l’Isle-Dieu, avec les aménagements de l’Andelle opérés par les moines, permet l’implantation facilitée d’une unité industrielle. D’abord propriété de Pouyer-Quertier, le grand industriel de Fleury-sur-Andelle, l’usine passe dans les mains du groupe Flipo, originaire du Nord avant d’échoir à la famille Coqueval, au début des années 1950.

Cette activité industrielle s’embarrasse peu des restes de l’abbaye qui sont adaptés à l’effort de production ou détruits. C’est pourquoi il est plus difficile, dans cette partie de l’abbaye de se faire une idée précise de ce qu’était l’ensemble à la veille de la Révolution.

Face à des évolutions si divergentes quels sont les vestiges de l’abbaye que l’on peut encore observer aujourd’hui ?

Les vestiges de l’abbaye, aujourd’hui

Les vestiges de l’abbaye se décomposent en deux ensembles : ceux encore visibles in situ et ceux, plus limités, ayant rapport avec des éléments de mobilier dispersés.

Si l’on se rend sur le site de l’abbaye de l’Isle-Dieu, côté ferme, des vestiges importants témoignent de ce qu’a pu être l’abbaye du temps de son activité. Sur la route de Perriers-sur-Andelle à Vascœuil, un calvaire au fût monolithe se dresse sur son emmarchement. Les travaux d’élargissement de la route ont imposé son déplacement il y a quelques années mais la construction n’a pas souffert de la translation.

On entre dans le domaine par une belle porterie en briques et pierres, comportant trois portes. La construction date de la fin du XVIIIème siècle. Une statue en fonte a pris place dans la niche, au-dessus de la porte principale. Cette statue est récente et remplace une statue ancienne dont on a perdu la trace.

La porterie abritait le second logis abbatial qui développe ses beaux appartements au-dessus et sur les côtés de cette construction.

A droite, se trouvent le pressoir dont le soubassement est encore en partie visible au sol, puis la grande grange médiévale des XIVe et XVe siècles avec son porche gothique en ogive. Le bâtiment est impressionnant par l’aspect massif de ses murs et par la grandeur de ses dimensions.

Sur le mur est, une pierre encastrée, portant une inscription, révèle qu’une restauration a eu lieu en 1739.

A gauche de la porterie, au nord de l’ensemble abbatial, se développe un grand bâtiment qui servait de logis pour les moines et dont une partie était affectée à la charterie.

Dans la basse cour, on ne trouve plus trace du pigeonnier. En revanche, lorsque l’on observe attentivement les lieux, on peut repérer assez nettement un cercle d’herbe plus foncée qui délimite l’ensemble disparu.

Au sud, séparé du reste des bâtiments, on peut admirer un magnifique moulin du XVIIIe siècle en briques de Saint Jean portant l’inscription « J. Masurier, 1779 ». Si ce moulin a perdu sa grande roue, il n’en reste pas moins impressionnant par la qualité de son architecture. Là encore on n’a pas lésiné sur les dimensions et la bâtisse développe ses larges pièces orientées au sud et ouvertes sur la vallée. Ce moulin a longtemps été indépendant du reste du domaine. En revanche, il profitait des infrastructures de canaux mises en place par les moines de l’abbaye. Un canal existe toujours qui sépare la basse cour de la ferme de l’ancienne industrie voisine.

Côté usine, les ruines de l’abbaye sont plus difficiles à observer tant l’ensemble a été malmené par le développement des bâtiments à usage industriel. En revanche, une visite attentive des lieux s’avère particulièrement instructive. L’église, par exemple, est loin d’avoir disparu ! Cachée derrière une façade art-déco des années 20-30, la nef de l’édifice est quasi complète, avec ses piliers régulièrement espacés. Seule la toiture dénote, c’est probablement un héritage de l’époque industrielle. En revanche, le transept et le chœur semblent avoir totalement disparu.

Au sud, un immense hangar industriel a pris la place du cloître et du premier logis abbatial. Mais si l’on y regarde de plus près, on découvre une des arcades en briques et pierres datant du début XVIIIème siècle qui devait fermer ce cloître à l’est.

Les autres vestiges de l’abbaye sont très réduits. Un pan de mur et, peut-être, quelques baies témoignent de ce qu’était le premier logis abbatial. Le reste est constitué par des infrastructures de type industriel sans rapport avec l’abbaye.

Un dernier ensemble donne un aperçu de ce qu’était le mobilier de l’église de l’abbaye. Si l’on se rend à l’église de Vascœuil on peut admirer quelques pièces de ce mobilier, notamment un siège de célébrant du XVème siècle, en bois, de style gothique avec son décor typique en plis de serviette. Le beau tabernacle du maître-autel du XVIIème siècle, orné de torsades et de pampres, provient aussi de l’abbaye de même que le remarquable gisant du XVe siècle, situé dans le transept sud, qui nous livre un corps rongé par les vers ! Il s’agit du gisant de Saint-Jovinien qui passait, dans la piété populaire, pour guérir les maladies de peau et de sang. Peut-être les autels de la Vierge et de Saint-Joseph sont-ils, eux-aussi, originaires de l’abbaye ? Au château de Vascœuil, deux pierres tombales proviennent de l’abbaye. D’autres sont entreposées au Musée des Antiquités de Rouen.

Après des siècles d’existence, l’abbaye de l’Isle-Dieu reste donc toujours présente par le biais de vestiges épars qui présentent un intérêt certain. La fermeture du site industriel, en 2007, laisse peut-être augurer une nouvelle ère dans l’histoire du domaine. Car s’il est évident qu’une réhabilitation totale de l’ensemble abbatial est impossible, on peut toujours se laisser aller à rêver d’une certaine mise en valeur du site permettant d’assurer une troisième vie à ce lieu prestigieux !

Jean-Joseph Le Brozec